À cette heure-ci, la station était remarquablement silencieuse. On n'entendait rien, à part les annonces automatisés de la RATP et le bruit des gouttes d'eau qui venait de quelque part hors vue. Le prochain — et dernier — train arrivait dans cinq minutes.
C'est à ce moment-là que j'ai reçu une notification sur mon téléphone. Le son émis pour m'informer de ce nouveau message, souvent facile à ignorer, était presque assourdissant dans ce silence absolu. Ma main droite rentre alors dans ma poche, mes doigts différenciant aisément la plastique lisse de la coque de mon téléphone du tissu grossier de mon pantalon jean. Ils se serrent ainsi autour de cette merveille technologique, le sortant sans difficulté de ma poche. L'écran s'allume automatiquement avec ce geste, intriguant mes yeux avec un flot de luminosité. Je vois que le message que je viens de recevoir est de la part de mon meilleur ami, me demandant si je suis libre ce jeudi pour sortir au bar.
Cette simple question se détourne en une conversation complète. Mes doigts frappent sans cesse le verre de l'écran pour répondre aux messages de mon ami, et le temps passe rapidement. D'un coup, une voix me surprend. C'est encore une fois la voix des annonces du métro qui dit "direction Étoile, prochain train dans une minute." Je me lève en me préparant pour l'arrivée du métro, mais, étant trop distrait par mon téléphone, mes yeux sont incapables d'apercevoir une orange qui a été abandonnée sur le quai. Je le sens s'écraser sous mon pied droit, et son odeur arrive quelques instants plus tard. Je perds alors mon équilibre, incapable d'arrêter la chute de mon corps sur les voies.
Ma vision est flué, mais j'entends clairement le bruit des roues du train qui se rapproche à toute vitesse. Une annonce invite les voyageurs à s'éloigner du quai, signalant l'arrivée imminente du train. La peur envahis mon corps, et l'adrénaline se propage dans mes vaisseaux sanguins. Malgré le fort impact sur mes genoux et mes bras, je ne sens aucune douleur ; mon corps a seulement pour objectif de survivre. Je me lève et je commence à courir pour m'échapper au train. Je cours plus vite que j'ai jamais couru dans ma vie ; l'air de la station frappant mon visage à une telle vitesse qu'on dirait que je suis à vélo. Je n'ai pas le temps pour regarder derrière moi, mais j'entends le train qui se rapproche. J'entends le freinage du train, bien plus puissant que d'habitude, mais serait-ce assez ? Avec mes cris désespérés et le son du train qui essaye de s'arrêter aussi vite que possible, la paix d'il y a quelques instants est transformé en une cacophonie de bruitages maudits.
Le bruit des moteurs électriques du train et ses freins dévient de plus en plus fort avec chaque instant qui passe. Je ferme mes yeux, prêt à accepter ce qui semble inévitable, mais je continue à courir. Soudainement, tout s'arrête. Le silence règne encore une fois sur les quais et les voies. Les gouttes d'eau continuent à tomber quelque part dans la station. J'arrête de courir et je rouvre mes yeux en me retournant lentement. Le train est là, immobile, à moins d'un mètre de moi. J'ai le temps de prendre une seule grande inspiration avant que les douleurs intenses dû à ma chute envahissent mon corps.