Il était 16 h 07, le 26 septembre. Dans ce huitième jour du conflit entre la République farraise et le Sabristan, le nombre d'attaques était bien plus élevé que les autres jours. Ayant décollé cinq minutes plus tôt, un avion de chasse KZ-30 appartenant aux Forces de défense aérienne du Sabristan se dirigeait vers le front, sa cible finale étant un local de dépôt d'armes. Malgré sa basse altitude de vol, les radars fabraises le détectent, et un chasseur est mis en alerte.
Le pilote alluma son radar dès que le train d'atterrissage quitta le sol. Un point apparut alors sur son écran, lui indiquant la position de l'appareil sabrien. Distance : soixante-douze kilomètres. Altitude : quatre-cent cinquante-sept mètres. Désormais, les deux engins se rapprochent à des vitesses supersoniques. Bientôt, ils seront dans la portée des munitions les uns des autres. L'échange des missiles commence quelques instants plus tard ; l'aéronaute sabrien tire en premier, suivi du farrais. Un tour, deux tours, trois tours… Une par une, les armes échouent à éliminer l'ennemi, grâce aux contre-mesures avancées des deux aéronefs. Cette impasse aboutit alors à un combat aérien rapproché, dans lequel le KZ-30 est vainceur. L'avion farraise est donc détruit et tombe du ciel, mais un morceau de son aile se détache et rentre dans le réacteur du chasseur sabrien. Les deux commandants de bord sont ainsi obligés de s'éjecter de leurs véhicules trop endommagés pour continuer à voler.
Une fois par terre, les deux combattants se dirigent les uns vers les autres, traversant la forêt pendant quinze minutes jusqu'à ce qu'ils se rencontrent. Bien qu'ils soient précautionneux au début, le respect mutuel entre aviateurs les réunit. Ils baissent alors leurs armes à feu et se rapprochent pour se serrer la main. C'est à ce point-là que le soldat farrais voit la plaque signalétique de son rival. "Milo Sarev," un nom qu'il connaissait ; son meilleur ami d'enfance le portait. Milo ne croyait pas ce qu'il voyait ; "Perrin Foucart," le nom brodé sur l'uniforme de son adversaire lui était familier aussi. Les deux amis, se connaissant depuis l'école maternelle, avant la chute de l'Union Carabrique, étaient réunis après des dizaines d'années. Deux personnes qui s'aimaient, obligés par les hommes politiques de se battre. Ceci est la réalité de la guerre.